Discours JP Bouquet

INAUGURATION DE L’EXPOSITION « LA GUERRE DES GAZ » 

Samedi 10 octobre 2015 

Monsieur le Sous-Préfet, 
Monsieur le Président Général du Souvenir Français, 
Mesdames et Messieurs les élu-e-s ,cher-e-s collègues, 
Messieurs les Généraux, Mon Colonel, 
Messieurs les Présidents, 

Cher-e-s Amies, 

Monsieur le Président Général du Souvenir Français, 

Merci de nous faire l'honneur de votre présence qui souligne l'importance de notre exposition. 

Par son envergure et sa vision mondiale, mais aussi par ses décors grandioses et objets emblématiques, cette exposition sur la "guerre des gaz" est exceptionnelle. 

C'est également le centenaire de son déclenchement le 22 avril 1915 à Ypres, avant de devenir une arme de terreur dont l'usage c'est assez vite systématisé sur tous les fronts. 

C’est que la guerre des gaz a marqué l’entrée de l’Europe dans l’ère des massacres de masse. 

Des massacres qui ont ensanglanté le XXème siècle et continuent encore aujourd’hui, dans d’autres régions du monde à tuer de manière indiscriminée, militaires et civils, hommes et femmes, adultes et enfants. 

Il y a juste quinze jours, par exemple, les terroristes du Groupe DAESH en Syrie a utilisé des gaz moutarde, tout comme l’a fait Bachar EL ASSAD avant eux.

 Le temps des guerres n’est pas si éloigné de nous, que ce soit au plan géographique ou au plan temporel. 

La terre de France en porte encore les stigmates et, de temps à autres, des vestiges de terribles combats réapparaissent. 

Ainsi, tout près de chez nous, dans l’Aube, une usine chargée de désamorcer les obus datant de la Première Guerre Mondiale, l’usine SECOIA, sera opérationnelle en 2016. 

Les visiteurs qui vont avoir la chance de découvrir cette exposition, impressionnante de réalisme, se demanderont peut-être, comment des généraux, des scientifiques, des hommes de culture et de civilisation, ont pu concevoir, déclencher et se livrer à de telles atrocités. 

Il y a une ironie terrible, par exemple, à savoir que le chimiste allemand Fritz HABER, le savant qui a mis au point les premières armes chimiques avec l'emploi du chlore comme gaz de combat, a reçu également le Prix Nobel de Chimie en 1918, alors que la guerre était à peine finie, pour ses travaux sur les engrais azotés qui ont conduit à la révolution agricole du XXème siècle. 

C’est toute l’ambivalence de la science, mais au-delà et plus fondamentalement, toute l’ambivalence de l’être humain que révèle ce double engagement de Fritz HABER. 

Mon message en moment inaugural tient en trois points : mémoire, progrès, citoyenneté, qui se déclinent à travers l'exposition. 

" Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles", disait Paul VALÉRY. 

Cet avertissement prophétique peut sembler lointain, ou même être d’un autre âge. 

Pourtant tout, autour de nous, montre que le danger est plus vif que jamais. 

Aussi est-il fondamental de rappeler que nous devons la paix entre les peuples d'Europe à la construction européenne issue des grands conflits du siècle dernier. 

Face au tableau alarmant de la situation mondiale, le devoir de mémoire me semble plus primordial que jamais, capital même. 

La mémoire représente une fonction indispensable pour nous éclairer dans nos choix et ouvrir une réflexion citoyenne dès le plus jeune âge. 

La mémoire c'est naturellement la mémoire partagée et l'affirmation d'un humanisme qui conduit au respect de toutes les vies. 

C'est également l'éducation à la tolérance, à la solidarité et à la responsabilité qui sont autant de bornes pour éclairer notre réflexion. 

Le programme que nous vous proposons est varié, riche dans son expression avec des reconstitutions scrupuleuses pour mieux appeler au sentiment et au vécu de ce qu'ont vécu nos aïeux. 

Le réalisme de l'exposition vise à inciter à la mémorisation et à la réflexion "de sept à soixante-dix-sept ans" pour reprendre une expression connue. 

Enfin, vous me permettrez en ma qualité de co-président du Comité des maires pour la commémoration de la Grande Guerre de me transformer en lanceur d'alerte pour que plus une tombe de poilu ne disparaisse des cimetières de France. 

Nos anciens morts pour la France ont acquis sur la Nation un droit à la perpétuation de leur mémoire au sein des nécropoles notamment. 

Il en va tout autrement pour les soldats morts pour la France et rapatriés en leur temps par leur famille. 

Ceux-ci représentent 20% des poilus pour la France et il serait paradoxal qu’ils disparaissent de la mémoire nationale - en cette période du centenaire de la Grande Guerre - par le fait du relèvement des tombes dans nos cimetières. 

Pour conjurer cette injustice, un moratoire s'impose sans délai et sans doute une interdiction pour que l'on cesse de faire disparaître, par ignorance, des tombes de poilus. 

Ce défi que nous nous devons collectivement relever implique certainement l'accompagnement, la mobilisation du Souvenir Français, Monsieur le Président. 

Qu'il me soit permis de remercier les militaires de l'ERSA, l'ensemble des personnels du service de Santé des Armées, nos conseillers scientifiques et plus particulièrement Regis BARDIAUX du musée de Lorette, le pharmacien chef Gilles GRELAUD, Bernard SARTORI, Michel FAROUAULT et les responsables de l'ACAPSA. 

Je souligne également la qualité du travail des collaborateurs de la Ville : n’estce pas Alexandre? N'est-ce pas Monsieur le DGS? 

En conclusion, les poilus, mais aussi les soldats allemands, les tommies anglais et les boys américains, à la fin de la guerre en 1918, n’avaient qu’une seule phrase à la bouche : «Plus jamais ça ». 

Ils rêvaient d’un monde, ou du moins d’une Europe sans guerre. 

Leur rêve a été long à se réaliser. 

Si nous avons tenu à monter cette exposition, ici à Vitry-le-François qui fut une ville-hôpital pendant la Première Guerre Mondiale, qui fut détruite à plus de 90% durant la Seconde Guerre Mondiale, c’est que nous connaissons dans notre chair la valeur de leur vœu. 

« Plus jamais la guerre », tel est le sens profond du sacrifice des soldats français et allemands qui reposent désormais dans la même terre et presque dans les mêmes nécropoles. 

« Plus jamais la guerre », tel est le sens de cette exposition que je vous invite maintenant à découvrir avec moi. 

Vive la Paix ! Vive l’Europe ! Et, plus jamais la guerre ! 

Jean-Pierre Bouquet 

Maire de Vitry-le-François